La Propagande gouvernementale s’est alors déchaînée. Et on a pu lire, dans les colonnes de Cameroon Tribune, ces phrases incroyables : « Comme par hasard, une centaine de barrières de feu sont donc tombées du ciel pour atterrir net sur le tronçon […] Ceux qui prétendent organiser des manifestations à ces endroits font donc plus dans la manipulation de ces couches sociales ouvertes à tous les vents […] Ces manifestations à la périphérie apparaissent comme des prétextes au déclenchement d’actes de violence préparés… ». Et le quotidien national de conclure : « Une centaine de barrières de feu sur une route, ça marque les esprits, ça laisse des traces visibles et, surtout, ça peut susciter des vocations. Un mauvais climat que certains veulent brandir comme un trophée politique. Ca sent la manipulation ».
Et qu’a fait le Président ? Il a repris l’analyse de ses scribes, parlant de « l’exploitation, pour ne pas dire l’instrumentalisation, qui a été faite de la grève des transporteurs, à des fins politiques » Il s’en est pris à ces « apprentis sorciers » qui auraient « manipulé ces jeunes », dans le seul but « d’obtenir par la violence ce qu’ils n’ont pu obtenir par la voie des urnes, c’est-à-dire par le fonctionnement normal de la démocratie ». Ces grands enfants camerounais, incapables de penser par eux-mêmes, et qu’on peut manipuler si facilement…
Ses acolytes, pour se faire encore plus beaux aux yeux du Prince, ont fait des déclarations incendiaires, tenu des réunions en grande pompe. Ils ont même pondu une déclaration belliqueuse qui invitait « les prédateurs venus d’ailleurs » à « quitter rapidement et définitivement » leur sol, car « ils n’y seront plus jamais en sécurité ». Et, chose à peine croyable, les médias du gouvernement ont donné un large écho à cette véritable déclaration de guerre – le quotidien Cameroon Tribune l’a même publiée intégralement. Ceux qui ont un peu de mémoire frémissent : une Radio-Television des Mille Collines, à Yaoundé, la ville aux sept collines ?Et qu’a fait la Communauté Internationale, si prompte à voler au secours du Kenya ? Où est-elle, l’Union Africaine, si prompte à pondre des communiqués virulents lors des récents troubles au Tchad ? Et les Américains, grands promoteurs et exportateurs de la démocratie ? Où sont-ils, tous ceux qui disent aimer la liberté d’expression ? Où sont-ils, ces défenseurs de l’Afrique qui doit se prendre en main ? Et où est Nicolas Sarkozy, lui qui, dans son célèbre Discours de Dakar, rappelait aux Africains combien il leur appartenait de construire leurs pays ?
Qui arrêtera cette dérive du Sphinx ? Qui arrêtera le soldat Biya, avant qu’il ne fasse exploser le pays Cameroun ?
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