Dr. Pascal SOKOUDJOU
Docteur en Médecin au Cabinet de Radiologie Le Farafy-Bali Douala
La modification de la Constitution, parlons-en!
21/03/2008
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Source: Pascal Sokoudjou (L'Effort Camerounais)

La rumeur avait réussi à installer le débat sur la modification constitutionnelle au cœur de la vie publique locale. Certains partis l'ont adopté et en ont d'ailleurs fait un des pivots de leur campagne lors des dernières consultations populaires. Le point de fixation du débat étant l'article … limitant le nombre de mandats présidentiels.

En fait de débat sur une éventuelle modification constitutionnelle, il était question du devenir du Président Biya en 2011 : Est-on pour ou contre son départ est à la vérité, la question à laquelle doit répondre tout homme public allant à la rencontre de la presse. C'est ce qui explique l'exclusion des juristes du débat.

Me Alice Nkom et l'ambassadeur américain ont beau faire remarquer que la démocratie ne perdrait pas au change si on faisait sauter le verrou d'une élection présidentielle à un seul tour introduit par l'UPC-K, rien n'y fait. L'épouvantail pour être efficace devait rester absolu : Touche pas à ma Constitution ! Les préoccupations majeures étaient renvoyées aux calendes grecques.

Les réformes économiques et institutionnelles, la médiocratie institutionnalisée à l'entrée de nos écoles et facultés, la grogne sociale sourde éclatant ça et là, avec à la clé des morts violentes, la corrélation désordre urbain et chômage ne trouvaient pas d'échos sous le landerneau médiatique. La religion des animateurs de la galaxie communicationnelle sur la question était faite. Ils essayaient juste de cataloguer les interviewés à l'aune de leur vérité.

Ainsi, devait être constitué le groupe des opportunistes et zélateurs face à celui de l'opposition chevaleresque que l'on voudrait cependant lunatique et inefficace. Les politiques sont ainsi astreints à des postures rigides, coincés dans un réduit par les médiateurs qui les harcèlent de trouver des esquisses de solution à des problèmes non posés en éludant le quotidien maussade. Certes, gouverner c'est prévoir. Mais, faire de la prévention du temps sur Mars une priorité alors qu'on a le ventre vide sur terre, et que des calamités de toutes sortes nous menacent, est suicidaire.

 


Le Président Biya l'a fort heureusement rappelé sur le perron de l'Elysée : " Pour moi le problème des prochaines élections n'est pas tout à fait d'actualité….. Dans l'immédiat, j'ai des urgences : la lutte contre le Sida, la lutte contre la pauvreté, la lutte pour le bien- être des Camerounais, la lutte pour la stabilité et la sécurité en Afrique, il ne faut pas inverser les priorités ". Et toc ! Telle une anguille, il se défaisait de la prise. Il y a comme une instrumentalisation d'une probabilité lointaine, afin de distraire les esprits de l'essentiel : Penser par exemple l'alternative à la réalité actuelle !

Supposons que durant l'intervalle 1933-1945, l'essentiel de l'intelligence américaine fut mobilisée par les faiseurs d'opinion publique autour du devenir de F.D Roosevelt après ses deux mandats. Mac Arthur débusqué du pacifique après Pearl Habor aurait trouvé Washington empêtré dans un nombrilisme politicien innommable.

Son moral en aurait certainement été affecté, et il n'aurait pas trouvé les mots justes pour galvaniser ses troupes face aux kamikazes japonais, le brain trust de Roosevelt distrait par le faux procès intenté à leur boss n'aurait pas eu le cœur à l'ouvrage pour conduire le new deal, Eisenhower en embuscade aurait profité du mécontentement populaire pour lancer ses troupes à l'assaut du Capitole. Comme vous le voyez, le cours du 20é siècle aurait été tout autre. L'ère des libertés que nous savourons tant aurait avorté avec à la clé, la discrimination aryenne à l'échelle planétaire. Il paraît que le cours du 19e siècle a été scellé à Waterloo où Bonaparte joua de malchance.

Eh oui, l'histoire tient souvent à pas grand-chose. Et chacun de nous, à l'image du papillon de la théorie du chaos dont le battement d'aile détermine la météo à mille lieux, chacun de nous disais-je, contribue par ses actes quotidiens à la rédaction de l'histoire. Et celle des peuples noirs laisse justement à désirer. Une série ininterrompue d'humiliation, de falsification historique que nous refusons d'affronter, de relever au point de laisser croire qu'effectivement nous sommes anhistorique. La preuve ? Les différentes réactions aux discours de Sarkozy à Dakar.

Sur la défensive, rares sont ceux qui ont pensé donner des références bibliographiques au Président Français. Cheikh Anta et Ki Zerbo ont dû se sentir trahis. L'Africain d'aujourd'hui a plus que par le passé maille à partir avec l'échelle historique.

 


L'horizon obtus des faiseurs d'opinion chez nous s'inscrit donc dans cette tradition de l'instant. On ne perçoit pas les gros nuages qui s'amoncellent derrière la colline de la mondialisation : le siphonage jusqu'ici sournois de nos cerveaux sera dorénavant accéléré par les programmes green/ blue card, les humanitaristes de l'arche de Zoé anticipent et vont à la maternelle les chercher. Les paradis fiscaux sont déjà pleins du produit de recel de nos corruptions. La projection de ces données dans quelques décennies, laisse transparaître un continent exsangue, habité par des vieillards incultes et pauvres, survivant de subsides que leur envoient leurs enfants travaillant au Nord.

Ce sera aussi un formidable réservoir de matière première ouvert à tout vent. Une sorte de no man's land continentinental. Et que faisons-nous devant cette sombre perspective ? Nous ergotons sur le plan de carrière de l'un d'entre nous -fût-il le Président-. Il paraît que la traite négrière prospéra déjà sur un terreau semblable.

Nos aïeux étant -selon les dires des vainqueurs- figés à l'heure des sagaies, et ne voyant pas plus loin que le grand arbre à la lisière de leur village, quand les autres voguaient au canon et voyaient la terre ronde au creux de leur main. Michael Crichton dans Jurassic Park pose que si par extraordinaire les dinosaures avaient une seconde chance, ils ne se laisseraient plus aussi facilement éradiquer de la surface du globe. La réalité des enjeux exige de nous une conscience acérée des menaces.

Au débat poussif qui nous est imposé, opposons dorénavant cette sagesse ancestrale : avant de dire que tu repousseras les avances du chef, attend au moins qu'il te déclare sa flamme. Le Président Biya saura décider en son âme et conscience s'il veut encore repartir à la conquête du cœur de Ngo Cameroun. Et cette belle capricieuse saura répondre à ses désirs le moment venu. Le peuple Camerounais a en effet assez de bon sens pour apprécier en son temps les avances des uns et des autres.

Ce dont il a présentement besoin, c'est une multiplication de sa masse de cerveau, afin de répondre aux demandes du marché international. Nous avons aussi besoin d'espérance et de travail comme ferment de notre attachement à ce continent. Le reste n'est que mesquineries des soupirants pleins de mésestime d'eux- mêmes. Nous en aurions souri si les nuages à l'horizon nous en laissaient le loisir.

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