Le discours du Chef de l’Etat Paul Biya à la nation le 31 décembre 2007 ne finit pas de susciter des réactions chez les camerounais en général et des leaders des partis politiques en particulier. Camerounlink qui décidé de donner la parole aux camerounais de tous les bords continue sa série avec les leaders de partis politiques de l’opposition. C’est à ce titre qu’il est allé à la rencontre de Anicet Ekani, Président national du MANIDEM.
Le Président Ekani dans la réaction qui va suivre décline son appréciation sur le discours du Président Biya.
Camerounlink.net : Président Ekani Anicet bonsoir,
Ekani Anicet : Bonsoir
CL.net : Vous êtes le Président du MANIDEM. Le 31 décembre 2007, le Président Paul Biya a délivré un discours à la nation et il a évoqué dans ce discours, des sujets parmi lesquels celui de la modification de la constitution. Quel est votre point de vue sur ce discours ?
E.A : Je pense que le Président pense entraîner les camerounais dans un faux débat parce qu’il sait qu’il n’et pas question pour ou contre la révision constitutionnelle. Il a dit lui-même et je suis d’accord avec ça que toute constitution doit être modifiée pour l’adapter à un contexte.
Peut être modifiée ! Mais il sait bien qu’en réalité, derrière ce problème de la constitution, se pose un problème politique à savoir, est-ce que notre pays est encore prêt à accepter des années, d’autres années supplémentaires du renouveau ?
En d’autres termes est-ce que les camerounais veulent ou pas qu’il se représente à la prochaine élection présidentielle ?
Voilà la question qui suscite ce débat autour de la constitution. Ce n’est pas pour ou contre la constitution. C’est, êtes-vous d’accord que Biya se représente à une prochaine élection présidentielle ?
Et je ne pense pas trahir le sentiment de la majorité des camerounais y compris les militants du RDPC pour dire que l’écrasante majorité de notre peuple voudrait quand même que monsieur Biya sorte par la grande porte et qu’il ne tente pas de se représenter à la prochaine élection présidentielle quelle que soit la date, 2011ou avant 2011.
Moi je suis d’autant plus navré que ceux qui incitent aujourd’hui le Chef de l’Etat penser sur de nouvelles élections présidentielles, le font par hypocrisie parce que quand on les rencontre en aparté, ils pensent tout à fait le contraire. Ils ont des ambitions politiques et ils pensent donc qu’il est temps que le chef de l’Etat laisse la place aux autres.
Mais, ils le poussent parce que le régime du renouveau a crée un contexte dans lequel, l’essentiel est de défendre du prince pour ne pas être évincé et bénéficier des prébendes du régime. Mais ils oublient qu’une crise pareille peut nous entraîner dans le chaos.
Je n’absous pas le Président mais je dis que ceux qui le poussent aujourd’hui à aller se présenter doivent sérieusement réfléchir sur les dangers qu’une telle situation peut créer dans le pays. C’est vrai qu’il y a des pêcheurs en eaux troubles qui ne profitent que lorsqu’il y a du chao mais je pense qu’il faut qu’on les mette en garde par rapport à ce qui pourrait entraîner ce déphasage sérieux entre la volonté des camerounais et la tentative du régime à se perpétuer autour de Monsieur Biya.
L’autre aspect des problèmes que Biya a abordés c’était sur la crise de l’énergie.
Je pense que le Président parle encore comme un sous-préfet ou un préfet. Il est le Chef de l’Etat et c’est à lui de prendre les décisions.
Ca fait des années que les camerounais souffrent de cette privatisation de la SONEL que les américains ont inscrit dans la démarche de profit au maximum.
En quelques années de privatisation, ils ont doublé le chiffre d’affaires sans augmenter sensiblement la production de l’énergie électrique. Uniquement par des augmentations du prix du KW / h et surtout par l’introduction d’une taxe illégale qu’ils ont appelées la prime fixe qui est complètement illégale, qui ne figure nulle part dans le cahier de charge.
Nous avons menés il y a quelques années une vive campagne pour dénoncer cet état de fait.
Nous avons attaqué AES SONEL en justice pour contester cette facturation. L’affaire est en suspens mais malgré cela, le fait qu’ils ont bénéficié avant la privatisation du droit du trésor, ils ont pensé l’autre jour de venir abusivement alors que l’affaire est en suspens.
Le cahier de charge prévoit qu’en cas de litige sur les problèmes du compteur, l’énergie électrique ne peut pas être suspendue par AES SONEL.
Ils ont pensé en requerrant des gendarmes de venir nous suspendre abusivement le courant.
Nous avons résisté ça n’a pas été le cas et nous comptons poursuivre notre action en justice et nous invitons les camerounais à s’organiser pour défendre leurs intérêts face à une logique de profit sans tenir compte du service public que AES SONEL a engagé depuis la privatisation.
Le dernier aspect que le Président de la république a évoqué c’était sur l’affaire de Bakassi.
Il est quand même scandaleux qu’après un mois et demi après l’assassinat de 21 camerounais à Bakassi, le Président en soit encore à attendre les résultats d’une commission d’enquêtes.
Tout le monde sait le sort que le pouvoir réserve souvent à ce genre de commission !
Je vous rappellerai pour mémoire la commission qui avait été créée pour savoir que sont devenus les 9 de Bépanda à l’heure d’aujourd’hui.
Pratiquement plus de 5 ans après cette affaire, on ne sait pas ce que sont devenus les 9 de Bépanda qu’on avait pourtant repérés dans les locaux de la gendarmerie
Donc, moi je ne peux pas faire confiance à ces commissions créées par le Chef de l’Etat.
Tout au moins, il faut qu’on reste très vigilent.
Le Chef de l’Etat aurait pu compte tenu des informations dont il doit disposer, faire des renseignements de la République, des renseignements militaires, de l’appareil de l’Etat. Il aurait dû aujourd’hui par leurs positions, suspendre le Chef d’Etat Major et le Ministre de la Défense, ce qui n’a pas été fait et on a rapidement trouvé à la va vite un bouc émissaire peut-être responsable, il faudra le prouver du Commandant de l’Opération Delta alors qu’au dessus de lui, le Chef d’Etat Major et le Ministre de la Défense qui sont par leurs positions, responsables de ce qui se passe à Bakassi.
CL.net : Merci Monsieur le Président.
E.A : Je vous en prie ;















