D’où vient cet homme qui embarrasse la hiérarchie de son parti, le Rdpc ?
Il aurait sans doute préféré éviter la posture de star que lui confère aujourd’hui son refus de valider la modification de la constitution, dans une Assemblée nationale où le parti au pouvoir, depuis l’ouverture de la 8e législature, a maille à faire respecter la discipline au sein de ses rangs. On était jusque-là habitué aux sorties de Adama Modi Bakary qu’un journaliste en service au sein de l’organe d’information de cette formation politique a fini par qualifier de "fou du Rdpc". Mais Ayah Paul Abine s’est retrouvé sur les devants de la scène à la faveur de cette modification de la loi fondamentale annoncée par le président de la République au cours de son discours de fin d’année le 31 décembre dernier. En s’opposant à cet exercice qui selon lui, "ramène notre pays 200 ans en arrière".
Convictions
Ce qui lui a permis de résister à la pression qui venait non seulement du groupe parlementaire Rdpc. Mais surtout de la présidence de la République et du chef du Gouvernement qui ne tenait sans doute pas à voir venir cette fronde de son Sud-Ouest natal dans une bataille où chacun des pontes du régime se battait pour présenter le meilleur bilan du vote des élus de sa région. On avait dans ce cadre noté que les députés se regroupaient désormais par province. Est-ce ce qui a donc poussé les barons du parti au pouvoir à organiser ce vote au nom de l’élu de la Manyu pour offrir à Paul Biya, qui n’en avait sans doute pas besoin, un vote à "la soviétique" pour cette adoption de la modification de la loi fondamentale? Sur la base d’un document qui aujourd’hui suscite la curiosité des différents services de renseignements, en raison des diverses irrégularités qu’il présente.
Le 4 avril 2008, après l’annonce de la réception du projet en plénière, il n’avait pas été admis à la réunion du groupe des députés du Sud Ouest qui étaient réunis dans le cabinet de l’autre élu de la Manyu, Rose Abunaw Makia, Vice présidente de l’Assemblée nationale, au 4ème étage de l’institution dans le cadre des stratégies à mettre sur pied pour le vote du projet de loi. Sa position n’a pas changé. Sur les caractéristiques de la "procuration" faite en son nom telles qu’elles lui ont été communiquées au téléphone, il a été catégorique : "C’est un faux document".
Les auteurs de la forfaiture n’ayant sans doute pas remarqué que le député de la Manyu faisait suivre sa signature d’une date comme il l’indique lui-même. De nombreuses années de formation et surtout d’exercice de la profession de magistrat ont sans doute eu raison de ses "fossoyeurs". La "rébellion" d’un élu du Rdpc qui était partie pour être un événement parmi tous ceux que vit le landernau politique camerounais, prend aujourd’hui des allures d’une affaire d’Etat, mettant en cause une institution, l’Assemblée nationale, qui entame quelque peu sa crédibilité dans une histoire où tout semblait pourtant avoir été véritablement verrouillé. Aucun crime n’est parfait!
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