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Yaoundé, 11 mars 2010
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Cameroun Constitution

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Analyse des changements
Cameroun : Love my country, Hate my government !
16/04/2008
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Source: La redaction (camer.be)

Ainsi donc, une autre page importante de l'Histoire du Cameroun vient d'être écrite avec l'adoption par l'Assemblée Nationale, du projet de loi sur la révision constitutionnelle.

Une révision constitutionnelle taillée à la mesure du prince et qui comporte des réponses à cette question existentielle naguère posée par l'homme fort d'Etoudi: Quel Cameroun voulons-nous pour nos enfants? La réponse, telle que viennent de la donner les députés RDPC, est sans équivoque! Un Cameroun, qui est loin de faire rêver. Pourtant, oui pourtant Dieu seul sait si ces enfants une fois encore désabusés et nous-mêmes y avons cru. Les images d'un certain 6 novembre 1982 défilent encore dans ma tête, comme si c'était hier.


Flash back

6 novembre 1982. Le chauffeur de la noria (la voiture émettrice de la radio) appuie sur le champignon, direction Université de Yaoundé. En ce jour de prestation de serment du président Biya, je suis commis par la conférence de rédaction pour couvrir cet événement du côté des "Cops de Ngoa". Une fois sur place c'est une jeunesse en délire. Ici l'homme lion est célébré comme un fils d'Appolon. Les pancartes brandies lui sont toutes favorables. Après le discours de prestation de serment, c'est l'euphorie! Ces garçons et filles jubilent, ils se prennent à rêver. Ils ont vingt ans. Ils représentent tout ce que le pays compte de plus précieux. Demain ils seront médecins, notaires, écrivains ou encore professeurs. Ce soir ils ont encore plus de bouillon qu'à l'accoutumé. Une pêche hors du commun. Ils baignent dans leur jus. La nouvelle vient de tomber et on boit du petit lait dans les travées de l'amphi.

Fini le temps des vaches maigres! J'en ai vu des vertes et des pas mûres, mais maintenant tout va baigner dans l'huile avec Biya, s'exclame l'un d'entre eux. Son programme est aux petits oignons et on est sûr de faire notre beurre une fois nos études terminées, réplique sa camarade. L'eau à la bouche à l'évocation des lendemains qui chantent, ils se tombent dans les bras. L'ivresse de la nouvelle fait tourner les têtes et chavirer les cœurs… De retour à la station, une femme enceinte m'apostrophe sur le trottoir devant l'entrée de l'immeuble de la radio.


Grand ! Tu es journaliste ?
J'acquiesce. Elle vient vers moi en marchant sur des œufs et en caressant un ventre rebondi comme une énorme calebasse prête à éclater. Elle me fait un grand sourire. Je crois tout d'abord qu'elle s'est piquée la truffe et qu'elle est complètement gaga. J'ai envie de l'envoyer se faire cuire un œuf d'un tonitruant "tu déranges les gens", mais me ravise. Elle veut faire partager sa liesse au pays tout entier.

-Tu diras bien dans ton papier que c'est mon premier. Il va naître sous Biya, tu te rends compte, papa? Tu pouvais rêver mieux comme cerise sur le gâteau? Je vais l'appeler Paul. Plus jamais nos enfants n'auront à crier famine.

De retour dans mon bureau, je me prends moi aussi à rêver à des jours meilleurs. 4 janvier 2008, je suis de passage au pays. Un goût amer dans la bouche. Un peu plus de vingt-cinq ans plus tard, et la mayonnaise n'a toujours pas pris. Pourra-t-elle seulement prendre un jour? J'ai la vague impression en regardant autour de moi qu'il y a quelque chose de pourri au royaume du Cameroun. Etrange sensation que les carottes sont cuites. Triste constat que c'est bel et bien la fin des haricots. Que sont devenus mes étudiants si pleins d'espoir? Je fais escale au lycée classique de Bafoussam. J'y croise des enseignants paupérisés. L'un deux se souvient, il y était. Ridé comme un avocat séché, le bougre fait bien plus que son âge. Il n'a pourtant que quarante-cinq moissons. Aujourd'hui il s'étripe pour des épluchures.


Travaille pour des prunes.

Ne gagne même pas suffisamment de quoi se taper un godet pour la soif en cas de pépins. Il est en pleine galère. Ses rêves ont fondu comme beurre de karité. On le presse comme un citron. Il ne sait pas demain à quelle sauce il sera mangé. Il ne se sent pas dans son assiette. C'est sans doute le palu, en cette saison de poussière et de chaleur torride. Il devrait aller consulter, mais n'a même pas une pièce jaune! A plus forte raison de quoi se payer une consultation chez le toubib. Lui qui était frais comme une citronnelle le soir de la prestation de serment. Il n'est plus que l'ombre de lui-même, vieux croûton avant l'âge. Pour me changer les idées, je déambule du côté de Banengo, non loin des Brasseries, un bloc-notes à la main, espérant cueillir quelques réactions de la population. Devant une gargote, un petit noyau de jeunes d'une vingtaine d'années sont assis sur des casiers de bières. Brochette de mauvaises graines, gibier de potence en puissance, cocktail de miséreux, de crève la faim, victimes du système. Paul est peut-être parmi eux. Je m'avance calmement.

-Mêle-toi de tes oignons, gratte papier à la noix. Qu'est-ce que tu veux par ici? Tu es venu voir la misère en face? Fous moi le camp avant que je te rentre dans le chou, que je te refasse le portrait!

La moutarde lui monte au nez visiblement. Je préfère m'éclipser avant que ça ne tourne au vinaigre. Le 6 novembre 82, c'était un beau rêve pourtant. Nous y avons tous cru. L'homme blanc continue de piller l'Afrique avec la bénédiction de nos dirigeants qui se sucrent au passage. Le Français veut sa part du gâteau. Il vient boire dans notre verre. A grand coups de pot-de-vin. Revenu à Columbia, un ami à qui j'ai tant vanté le Cameroun me demande des nouvelles du pays.

You know what? Lui dis-je en guise de réponse: "Love my country, Hate my government"

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